Bactérie
Infection nosocomiale : définition, symptômes et recours
Mis à jour le · Par la rédaction de Santé à la Loupe
Une infection nosocomiale est une infection attrapée pendant un séjour dans un établissement de soins, alors qu'elle n'était pas diagnostiquée au moment de l'admission. Elle se déclare le plus souvent dans les 48 heures suivant l'entrée, parfois plusieurs mois après une opération.

Une infection nosocomiale est une infection attrapée pendant un séjour dans un établissement de soins, alors qu'elle n'était pas diagnostiquée au moment de l'admission. Le repère retenu en France est de 48 heures après l'admission : au-delà, l'infection est comptée comme acquise pendant le séjour. Pour une infection du site d'une opération, le délai s'étend à 30 jours après l'intervention, et jusqu'à un an lorsqu'une prothèse ou un implant a été posé.
Combien de personnes cela touche-t-il ? L'enquête nationale de prévalence conduite par Santé publique France en 2022, portant sur plus de 151 000 patients dans 1 155 établissements, a relevé 5,71 % de patients porteurs d'au moins une infection nosocomiale le jour de l'enquête, contre 4,98 % en 2017. Quatre localisations concentrent 70,7 % des cas : les infections urinaires (28 %), les pneumonies (16,6 %), les infections du site opératoire (14,3 %) et les infections du sang (12,1 %).
Dit autrement: on entre à l'hôpital pour être soigné, et l'on en ressort parfois avec quelque chose que l'on n'avait pas en arrivant. C'est désagréable à lire, mais c'est le point de départ honnête pour comprendre ce dont il s'agit et ce que vous pouvez faire.
D'où vient le germe ?
Deux scénarios sont décrits, et la différence compte pour la suite.
Le premier est dit endogène: le germe vient de votre propre organisme. Il était déjà là, sans faire de dégâts, et un acte invasif, une opération ou la pose d'un dispositif lui ouvre un passage vers un endroit où il n'aurait pas dû se trouver.
Le second est dit exogène: le germe vient de l'extérieur. D'un autre patient, de l'environnement du service, ou du personnel soignant. C'est ce scénario que visent toutes les règles d'hygiène, du lavage des mains à la désinfection du matériel.
Les germes en cause sont variés. On retrouve les entérobactéries, dont Escherichia coli, le staphylocoque doré, le bacille pyocyanique, mais aussi des virus, des levures et des parasites. Cette diversité explique qu'il n'y ait pas un symptôme unique, ni un traitement unique.
Qui est le plus exposé, et pourquoi ?
Le risque n'est pas le même pour tout le monde ni dans tous les services. Plusieurs paramètres pèsent sur la fréquence de ces infections.
| Ce qui fait varier le risque | Ce qui est décrit |
|---|---|
| Le service | La réanimation est de loin la plus exposée : l'enquête nationale de prévalence 2022 y relève 23,17 % de patients infectés, contre 5,71 % tous services confondus |
| La durée du séjour | Plus le séjour se prolonge, plus les occasions de contamination se multiplient : c'est le temps d'exposition qui compte, pas le seul fait d'être hospitalisé |
| Les épidémies saisonnières | Un virus introduit dans un service se propage vite, comme lors des épisodes de gastro-entérite en collectivité |
| Les actes pratiqués | Les actes invasifs pèsent lourd: perfusion, sonde urinaire, chirurgie, endoscopie |
| Le profil du patient | Personnes âgées, nouveau-nés et jeunes enfants, personnes immunodéprimées, personnes opérées |
| Le type d'établissement | Certains établissements sont davantage concernés, notamment ceux dédiés au traitement du cancer |
Une infection nosocomiale après une opération occupe une place à part, parce qu'elle peut se déclarer longtemps après le retour à la maison, quand plus personne ne fait le lien avec l'hospitalisation. Les infections les plus fréquemment rencontrées touchent les voies urinaires, les voies respiratoires, le site opératoire et le système sanguin.
Quels signes doivent alerter ?
Puisque les germes diffèrent, les symptômes d'une infection nosocomiale ressemblent à ceux de la maladie que provoque habituellement le germe en cause. Voici ce qui est décrit selon la localisation.
| Ce qui est touché | Signes rapportés |
|---|---|
| Le sang, septicémie | Fièvre, fatigue générale, accélération du rythme cardiaque |
| Les voies urinaires | Brûlure en urinant, écoulement purulent, fièvre, douleur au bas du dos |
| Le point de pose d'un cathéter | Inflammation au point de ponction, écoulement purulent |
| Les poumons et les bronches | Fièvre, toux, frissons, essoufflement, maux de tête, douleurs articulaires |
| Les os et les articulations | Inflammations, douleurs, suites d'un matériel posé lors d'une opération |
| La cicatrice opératoire | Irritation et douleur au niveau du point de suture |
Ces signes ne permettent à eux seuls aucune conclusion. C'est le diagnostic médical, après examen, qui identifie le germe et oriente le traitement. Si vous reconnaissez plusieurs de ces éléments après un séjour hospitalier, le bon réflexe est d'en parler à un médecin en précisant la date et la nature des soins reçus. Une atteinte urinaire, par exemple, se manifeste comme une brûlure en urinant sans que rien n'indique d'emblée son origine.
Comment sont-elles soignées, et comment s'en protéger ?
Ces infections ne sont pas incurables, et c'est la bonne nouvelle de cette fiche. Les traitements sont proches de ceux des autres infections, avec une difficulté supplémentaire: les germes en cause ont souvent acquis une résistance à certaines molécules. Le médecin s'appuie donc sur les antibiotiques auxquels la souche reste sensible, et il peut être amené à changer de molécule en cours de traitement.
La phagothérapie est également citée. Il s'agit d'un traitement à base de virus bactériophages, conçus pour s'attaquer aux germes résistants. En France, elle est autorisée par l'ANSM pour un usage temporaire, à la demande du médecin. Quand l'infection fait suite à une opération, une nouvelle intervention est parfois nécessaire, par exemple pour changer une prothèse ou drainer du liquide purulent.
Côté prévention, limiter le risque d'infection contractée à l'hôpital repose d'abord sur des gestes simples. L'OMS met en avant l'hygiène des mains, à l'eau et au savon, et l'usage d'une solution hydro-alcoolique par le personnel soignant avant et après chaque soin. Il est également déconseillé qu'un visiteur atteint d'une infection respiratoire ou d'une autre maladie transmissible entre dans un secteur de soins.
En tant que patient, vous avez votre part: une hygiène corporelle rigoureuse, le lavage des mains après être allé à la selle, le port de gants si vous devez manipuler un matériel invasif, et le respect scrupuleux des consignes données avant une opération, comme la douche antiseptique. En tant que visiteur: se laver les mains à l'entrée et à la sortie, porter les vêtements de protection demandés, et respecter les consignes d'isolement. Du côté des établissements, cela passe par les bonnes pratiques d'hygiène, la formation du personnel, le recouvrement en cuivre des surfaces de contact permanent comme les robinets et les rampes, et une surveillance chiffrée des infections contractées sur place.
Indemnisation: quels recours après une infection liée aux soins ?
L'indemnisation d'une infection nosocomiale est prévue par la loi, à condition qu'un lien soit établi entre l'infection et la prise en charge par l'établissement. C'est la loi Kouchner qui encadre ce régime.
Deux organismes sont cités. La Commission Régionale de Conciliation et d'Indemnisation, la CRCI, qui permet à la fois d'indemniser et de rechercher une solution de conciliation. Et l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, l'ONIAM, chargé d'indemniser les victimes dans les conditions prévues par la loi. Une simple requête déposée auprès de ces organes ouvre droit à une indemnisation si l'infection est bien associée aux soins, et selon les cas. L'association d'aide aux victimes d'accidents corporels et d'erreurs médicales, l'AAVAC, peut aussi vous accompagner dans cette démarche.
Un repère utile avant de refermer cette page: notez les dates. Date d'admission, date de sortie, date d'apparition des premiers signes. Ce sont exactement les éléments qui servent à établir le lien entre une infection et un séjour, aussi bien pour le médecin que pour un dossier d'indemnisation. Vous retrouverez le détail des germes concernés dans notre rubrique consacrée aux bactéries.
Voir aussi en vidéo
Un hôpital universitaire montre pourquoi l'hygiène des mains reste la mesure la plus efficace contre les infections contractées pendant un séjour de soins.
Questions fréquentes
Combien de temps après l'hospitalisation une infection est-elle considérée comme nosocomiale ?
Le repère habituel est de 48 heures après l'admission. Pour une infection qui touche le site d'une opération, le délai retenu est bien plus long : 30 jours après l'intervention, et jusqu'à un an si une prothèse ou un implant a été posé, même si l'hospitalisation est terminée depuis longtemps. Ce décalage explique pourquoi le lien avec le séjour hospitalier passe souvent inaperçu.
Peut-on être indemnisé après une infection contractée à l'hôpital ?
La loi Kouchner prévoit des indemnisations pour les infections associées aux soins, à condition qu'un lien existe entre l'infection et la prise en charge par l'établissement. Deux organismes sont chargés d'examiner ces recours: la Commission Régionale de Conciliation et d'Indemnisation, et l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux. Une association d'aide aux victimes d'accidents corporels et d'erreurs médicales peut accompagner les personnes concernées dans leurs démarches.
Quelles sont les infections nosocomiales les plus fréquentes ?
Quatre types reviennent le plus souvent: les infections urinaires, les infections des voies respiratoires, les infections après une opération et les infections du système sanguin. Les germes le plus souvent en cause sont les entérobactéries comme Escherichia coli, le staphylocoque doré et le pseudomonas aeruginosa, auxquels s'ajoutent des virus, des levures et des parasites. C'est cette variété de germes qui explique que les symptômes changent autant d'une personne à l'autre.
Cette fiche est une information de vulgarisation. Elle ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de doute, consultez un médecin.
À lire aussi

Staphylocoque doré : symptômes, transmission et traitements
Une bactérie que beaucoup portent sans le savoir, et qui ne devient dangereuse qu'en franchissant la barrière de la peau.

Pseudomonas aeruginosa : symptômes, risques et prévention
Une bactérie présente partout dans l'environnement, redoutée surtout chez les personnes fragiles ou hospitalisées.

Infection urinaire : symptômes, causes et quand consulter
Brûlures en urinant et envies pressantes : reconnaître une infection urinaire et repérer les signes qui imposent d'agir vite.